Quand l’intégration stratégique de la responsabilité sociale devient levier des pratiques contemporaines de la GRH

Auteurs

  • Victor Mignenan
  • Moussa Mahamat Ahmat
  • Mahamat Youssouf Adoum

DOI :

https://doi.org/10.5281/zenodo.18035444

Résumé

Résumé

La littérature sur la responsabilité sociale des entreprises (RSE) et la gestion des ressources humaines (GRH) met en évidence le rôle stratégique des pratiques socialement responsables dans le renforcement de la légitimité organisationnelle, de l’engagement des employés et de la stabilité des effectifs. Toutefois, la manière dont la RSE est opérationnalisée au sein des systèmes de GRH demeure encore peu documentée dans les économies africaines émergentes, caractérisées par des environnements institutionnels, socioéconomiques et culturels sensiblement différents des contextes occidentaux. Cette recherche s’inscrit dans cette lacune en analysant la traduction concrète des orientations RSE en mécanismes internes de GRH et leurs effets sur les attitudes et comportements des employés.

L’objectif de l’étude est d’examiner comment les organisations camerounaises et tchadiennes intègrent la RSE dans leurs pratiques de GRH et d’analyser l’influence de ces mécanismes sur l’équité perçue, l’identification organisationnelle et la signification du travail, ainsi que sur des indicateurs clés de performance sociale tels que l’engagement et les intentions de turnover.

La méthodologie repose sur une approche mixte combinant 37 entretiens semi-directifs et une enquête quantitative menée auprès de 374 employés. Les analyses statistiques montrent que l’orientation RSE prédit significativement les mécanismes opérationnels de GRH (β = 0,48, p < 0,001). Ces mécanismes influencent à leur tour les cognitions des employés, notamment l’équité perçue (β = 0,52), l’identification organisationnelle (β = 0,44) et la signification du travail (β = 0,39). Ces dimensions cognitives jouent un rôle médiateur robuste, contribuant à la réduction des intentions de turnover (équité → turnover : β = –0,36), au renforcement de l’engagement (identification → engagement : β = 0,41) et à la diminution des comportements de recherche d’emploi (signification du travail → recherche d’emploi : β = –0,28).

L’analyse multigroupes met en évidence des contrastes institutionnels significatifs entre les deux pays étudiés. Au Cameroun, la relation entre RSE et mécanismes de GRH est plus marquée (β = 0,55), reflétant un environnement organisationnel plus institutionnalisé, où les employés attendent une traduction concrète des engagements RSE en pratiques RH effectives. Au Tchad, la signification du travail exerce un effet plus déterminant sur les attitudes des employés (β = 0,46), soulignant le rôle central du travail comme source de dignité et de reconnaissance sociale dans un contexte institutionnel plus fragile.

En conclusion, cette recherche propose un modèle intégré, contextualisé et empiriquement validé d’articulation entre RSE et GRH en Afrique centrale. Elle montre que l’efficacité des démarches de responsabilité sociale dépend étroitement de leur crédibilité interne et de leur traduction concrète dans les dispositifs de gestion des ressources humaines, ainsi que de la manière dont les employés, selon leur contexte institutionnel, leur attribuent sens et légitimité.

Mots clés : Responsabilité sociale des entreprises, Gestion des ressources humaines, Cognitions des employés, Contextes institutionnels, Méthodes mixtes

 

Abstract

The literature on Corporate Social Responsibility (CSR) and Human Resource Management (HRM) highlights that socially responsible practices constitute a strategic lever for strengthening organisational legitimacy, increasing employee engagement, and stabilising the workforce. However, the operationalisation of CSR within HRM systems remains insufficiently examined in emerging African economies, where institutional and sociocultural environments differ markedly from Western contexts. This study investigates how organisations in Cameroon and Chad translate their CSR orientations into internal HRM mechanisms, and how these mechanisms shape employees’ perceptions of fairness, organisational identification, and meaningful work.

Drawing on 37 interviews and 374 survey responses, the study reveals that CSR orientation strongly predicts operational HRM mechanisms (β = 0.48, p < 0.001). These mechanisms subsequently influence employees’ cognitions: perceived fairness (β = 0.52), organisational identification (β = 0.44), and work meaningfulness (β = 0.39). These cognitions play a robust mediating role by reducing turnover intentions (fairness → turnover: β = –0.36), strengthening engagement (identification → engagement: β = 0.41), and decreasing job-search behaviour (meaningfulness → job search: β = –0.28).

Multigroup analysis reveals significant institutional contrasts. In Cameroon, the CSR → HRM relationship is stronger (β = 0.55), reflecting a more institutionalised environment: “Here, employees expect CSR commitments to translate into actual HR practices” (HR Director Cameroon). In Chad, work meaningfulness exerts a more pronounced effect (β = 0.46): “Work gives dignity; that is what matters most.” (Employee, N’Djamena).

This research proposes an integrated, contextualised, and empirically validated model of CSR–HRM operationalisation in Central Africa. It demonstrates that the effectiveness of CSR depends on its credible translation into HRM systems and on the ways employees, according to their national context—assign meaning and legitimacy to these practices.

 

Keywords :  Corporate Social Responsibility, Human Resource Management, Employee Cognitions, Institutional Contexts et Mixed-Methods Research

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Publiée

2025-12-23

Comment citer

Victor Mignenan, Moussa Mahamat Ahmat, & Mahamat Youssouf Adoum. (2025). Quand l’intégration stratégique de la responsabilité sociale devient levier des pratiques contemporaines de la GRH . African Scientific Journal, 3(33), 1115. https://doi.org/10.5281/zenodo.18035444

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