Consommation d’énergie et croissance économique dans la zone CEMAC : le rôle de la dette publique
DOI:
https://doi.org/10.5281/zenodo.23769951Abstract
Résumé
Cet article analyse empiriquement le rôle modérateur de la dette publique dans la relation entre consommation d’énergie et croissance économique dans la zone CEMAC. La zone présente un paradoxe énergétique persistant : malgré des dotations importantes en hydrocarbures et un potentiel hydroélectrique considérable, une part significative de sa population demeure sans accès à l’électricité et les trajectoires de croissance restent contrastées, tandis que l’endettement public occupe une place importante dans le financement des infrastructures. Sur le plan théorique, l’étude mobilise la littérature sur le nexus énergie-croissance, structurée autour des hypothèses de croissance, de conservation, de rétroaction et de neutralité, ainsi que les travaux sur les effets ambivalents de la dette publique, tantôt contrainte budgétaire, tantôt source de financement d’infrastructures productives. Sur le plan méthodologique, l’analyse repose sur un panel équilibré de six pays (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine et Tchad) observés de 2000 à 2024, soit 150 observations. Un modèle à effets fixes intégrant un terme d’interaction entre la dette publique et la demande d’électricité par habitant est estimé avec les erreurs-types de Driscoll et Kraay, robustes à l’hétéroscédasticité, à l’autocorrélation et à la dépendance transversale. L’existence d’une relation de long terme est appuyée par les tests de cointégration en panel de Kao et de Pedroni. Les résultats montrent que la consommation d’énergie et la dette publique présentent chacune une association négative et significative avec la croissance économique, tandis que leur interaction est positive et significative : l’augmentation de la dette publique atténue l’association négative entre consommation d’énergie et croissance. Cette complémentarité statistique n’établit toutefois pas que la dette finance spécifiquement des infrastructures énergétiques. Ces résultats soulignent l’intérêt d’examiner plus finement les conditions d’utilisation de l’endettement public, notamment son orientation vers les investissements productifs et les infrastructures énergétiques.
Mots clés : croissance économique, consommation d’énergie, dette publique, données de panel, CEMAC.
Abstract
This article empirically examines the moderating role of public debt in the relationship between energy consumption and economic growth in the CEMAC zone. The region faces a persistent energy paradox: despite substantial hydrocarbon endowments and considerable hydropower potential, a significant share of its population still lacks access to electricity and growth trajectories remain uneven, while public debt plays a significant role in financing infrastructure. On the theoretical side, the study draws on the energy-growth nexus literature, which is organised around the growth, conservation, feedback and neutrality hypotheses, and on the literature documenting the mixed effects of public debt, which may act either as a budget constraint or as a source of financing for productive infrastructure. Methodologically, the analysis uses a balanced panel of six countries (Cameroon, Congo, Gabon, Equatorial Guinea, the Central African Republic and Chad) observed from 2000 to 2024, for a total of 150 observations. A fixed-effects model with an interaction term between public debt and per capita electricity demand is estimated using Driscoll-Kraay standard errors, which are robust to heteroscedasticity, autocorrelation and cross-sectional dependence. The Kao and Pedroni panel cointegration tests support the existence of a long-run relationship. The results show that energy consumption and public debt are each negatively and significantly associated with economic growth, whereas their interaction term is positive and significant: a higher level of public debt attenuates the negative association between energy consumption and growth. However, this statistical complementarity does not establish that public debt specifically finances energy infrastructure. These findings highlight the need to examine more closely how public borrowing is used, in particular its allocation to productive investment and energy infrastructure.
Keywords: economic growth, energy consumption, public debt, panel data, CEMAC.
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